Analyse des eaux de baignade : des plages doivent trouver un plan B
PLEIN AIR. À l’aube d’une nouvelle saison estivale, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) abolit son Programme Environnement-Plage. L’échantillonnage de l’eau, aux fins de qualité pour les baigneurs, devient l’entière responsabilité des exploitants avec ses frais afférents.
En 2025, sept plages en Chaudière-Appalaches prenaient part au programme : l’Éco-Parc des Etchemins (lac Etchemin), la municipalité de Sainte-Aurélie (lac des Abénaquis), la municipalité de Saint-Victor (lac Fortin), le Centre de plein air Sainte-Apolline (lac Carré) et les trois plages du Camp Trois-Saumons à Saint-Aubert (lac Trois Saumons).
« Cette décision [abolition] découle du chantier d’efficacité de l’État. […] Le Ministère fait le choix de concentrer ses interventions sur les activités ayant un impact direct sur la qualité des plans d’eau. Plutôt que de faire de l’échantillonnage de plage, le Ministère priorise le contrôle à la source des contaminants », mentionne Ghizlane Behdaoui, porte-parole au MELCCFP.
Mis en place dans les années 1970, Environnement-Plage informait les citoyens sur la qualité bactériologique des eaux de baignade des plages publiques. La participation restait volontaire et impliquait le respect de conditions, dont la présence de sauveteurs et un accès sécuritaire au grand public.
Le gouvernement provincial voyait aussi une baisse de participation et des critiques envers ce programme. « La prise d’échantillon […] était limitée et ne permettait pas d’avoir en temps réel une évaluation de la qualité bactériologique de l’eau de la plage, ce qui pouvait créer auprès de la population un faux sentiment de sécurité relativement à un site de baignade », cite Mme Behdaoui en exemple.
Avertis à la dernière minute
Pour François Charest, directeur général de l’Éco-Parc des Etchemins, ce n’est pas tant l’abolition du programme qui pose problème, mais le court délai imposé à ses participants. L’entreprise était informée de sa fin en mars dernier, seulement trois mois avant le début d’une nouvelle saison de baignade.
« On s’est reviré de bord en donnant le contrat à Environek, qui faisait déjà des prélèvements [en qualité de l’eau] dans nos glissades. Avec 40 000 visiteurs chaque année, nous voulons respecter des standards sévères. On ne veut pas que les gens tombent malades. Dans nos opérations budgétaires, on ne parle pas d’une dépense majeure supplémentaire », affirme M. Charest.
Avec Environnement-Plage, l’exploitant devait assumer les coûts d’analyses en laboratoire des échantillons prélevés par le MELCCFP. « Le gouvernement payait la main-d’œuvre. Nos employés municipaux aux travaux publics s’en chargeront désormais [analyse de l’eau du lac des Abénaquis]. Ils le font déjà avec l’aqueduc. S’il y a un problème, nous fermerons la plage et avertirons les usagers », dit Stéphane Hétu, directeur général de la municipalité de Sainte-Aurélie.
À Saint-Victor, la Municipalité ira en appel d’offres pour maintenir l’analyse de l’eau au lac Fortin. « C’est une question de sécurité pour les visiteurs. On mettra ça en place dès cette année », confirme le maire Jonathan Bolduc.
Au Québec, il n’existe aucun règlement légal encadrant les normes et exigences de suivi relatives à la qualité de l’eau d’une plage, comme c’est le cas avec les piscines et autres bassins publics. « Les exploitants demeurent responsables de la qualité de l’eau de baignade des plages qu’ils gèrent », conclut Ghizlane Behdaoui.
