Apparitions de nouvelles plantes envahissantes
FORÊT. De nouvelles espèces exotiques envahissantes (EEE) font leur apparition dans les boisés de la région, alors que le gouvernement du Québec s’apprête à légiférer pour freiner leur progression et leur envahissement.
Déjà active sur le terrain pour repérer et freiner la multiplication de plants du nerprun bourdaine dans la région, l’Agence de mise en valeur des forêts privées des Appalaches (AMVAP) surveille maintenant la présence récente du nerprun cathartique, de même que d’un petit nouveau, l’épine-vinette du Japon.
Selon Gabrielle Préfontaine-Dastous, biologiste à l’Agence, la présence de cette espèce n’est pas encore documentée, sa découverte s’étant faite un peu par hasard. « Nous avons été chanceux de la repérer rapidement et trois endroits ont été identifiés au Québec, deux en Estrie et au parc de la Martinière à Lévis. C’est en réalisant des inventaires sur le nerprun qu’on a pu l’apercevoir », résume-t-elle.
Si elle est méconnue chez nous, l’épine-vinette du Japon est très répandue aux États-Unis et amène son lot d’inquiétudes. « Un peu comme le nerprun, elle va envahir les sous-bois et diminuer les possibilités de biodiversité. Elle va plutôt favoriser l’apparition des micromammifères, dont la souris à pattes blanches, et les tiques souvent porteuses de la maladie de Lyme », fait-elle valoir.
L’épine-vinette est généralement facile à reconnaitre pour quelqu’un qui la cherche, puisqu’elle a certaines caractéristiques qui lui sont propres, dont de petites feuilles en forme de gouttelettes, des fruits d’un rouge assez vif et des épines sur sa tige, un peu à l’image du rosier.
« C’est très joli comme arbuste », avoue Gabrielle Préfontaine-Dastous. « Les fruits vont être persistants assez longtemps, même l’hiver. Les arbustes vont produire une grande quantité de graines qui seront mangées par les oiseaux qui, eux, vont ensuite les disséminer. »
Repérage nécessaire
L’Agence cherche maintenant à habiliter les gens à reconnaitre les plantes envahissantes pour ensuite contrôler leur prolifération. « On veut que les gens puissent les identifier, mais aussi les recenser pour qu’on puisse ramasser des données partout en Chaudière-Appalaches et faire un certain suivi. L’Estrie, la Montérégie et les Bois-Francs sont très sensibilisés, alors il faut augmenter la cadence chez nous maintenant », ajoute Jean-Pierre Faucher, directeur général de l’Agence.
Des intervenants de la région ont justement été formés sur certains aspects des plantes envahissantes l’été dernier, en collaboration avec le Conseil régional de l’Environnement (CRÉCA) et d’autres initiatives devraient suivre.
Gabrielle Préfontaine-Dastous convient que le simple fait de reconnaitre et repérer certaines espèces peut être complexe. « Il arrive que je visite des propriétaires de boisés, déjà sensibilisés et proactifs, mais que je reconnaisse des plants à maturité sur leur propriété. La difficulté est de savoir où elle est sur le territoire et ensuite, être suffisamment structuré pour dire qu’on monte un projet commun, un peu comme celui sur la berce du Caucase. »
Nouvelle règlementation pour bientôt ?
Québec s’apprête à interdire la vente et la culture de 31 espèces de plantes exotiques envahissantes (PEE) pour protéger la biodiversité, avec une réglementation visant à bannir leur commerce. Parmi les plantes, arbres et arbustes visés par la règlementation, on remarque la berce du Caucase, l’herbe à puce, le panais sauvage, la renouée du Japon et le phragmite.
L’introduction des espèces exotiques envahissantes floristiques, qu’elle soit volontaire ou accidentelle, peut perturber les milieux naturels et nuire à la faune et à la flore indigène. Les coûts liés au contrôle des EEE et à l’atténuation de leurs impacts étant élevés et souvent récurrents, la prévention de leur introduction est la meilleure stratégie d’action face à cette problématique, estime le ministère de l’Environnement.
Une consultation sur le projet de règlement s’est terminée le 6 décembre dernier. Celui-ci rejoint les efforts conjoints de lutte contre les EEE déployés avec les autres gouvernements de la Conférence des gouverneurs et des premiers ministres des Grands Lacs et du Saint-Laurent dans le cadre de leur engagement pris à cet effet. L’industrie horticole a déjà amorcé, depuis une dizaine d’années, des actions de sensibilisation pour que certaines EEE soient retirées du marché.
