Chantal et Elie choisissent la paix

IMMIGRATION. En mai, Chantal El Helou, Elie Catafago et leurs trois enfants souligneront quatre années de vie en Beauce. Cette famille libanaise, fière de ses origines, concède toutefois sa fatigue et des craintes face aux multiples guerres du conflit israélo-libanais, dont l’origine remonte aussi loin que 1948.

« Nous et nos parents avons grandi dans le stress des bombardements. Le peuple libanais est résilient et se reconstruit après chaque guerre. Le Liban a déjà été la Suisse du Moyen-Orient. C’est un beau pays, avec plein d’activités, des paysages magnifiques, mais on subit les guerres civiles des autres », dit Elie Catafago.

Ce sujet revenait récemment dans l’actualité, via une autre guerre impliquant Israël et les États-Unis contre l’Iran. L’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de l’Iran, est mort dans un bombardement américano-israélien le 28 février.

Le Hezbollah, milice chiite basée au Liban et pro-iranienne, réplique par des tirs de roquettes sur Israël. L’État hébreu lance alors une offensive sur le territoire libanais, au grand détriment de sa population civile. En moins d’un mois, le bilan dépassait 1000 morts et plus d’un million de déplacés.

« Le Hezbollah est une milice politique non catholique. Notre famille est chrétienne. Les Libanais ne sont pas tous musulmans et n’appuient pas nécessairement le Hezbollah », rappelle M. Catafago.

Leur famille en priorité

Ingénieure civile et ingénieur en télécommunications au Liban, Chantal El Helou et Elie Catafago se sont rencontrés pendant leurs études universitaires à Beyrouth. Sélim Charbel et Séréna Maria, aujourd’hui âgés de 14 et 11 ans, sont nés dans un moment stable en sol libanais. Jacques, le plus jeune de la fratrie, voyait le jour le 3 août 2020. Le lendemain, deux explosions au port de Beyrouth causaient 220 décès et 6500 blessés.

« Nous avions construit notre maison à Wadi Jezzine, un petit village de 400 habitants à l’est du pays. On avait une bonne situation [financière et familiale]. Je ne voulais pas quitter le Liban [initialement], mais je perdais confiance dans un règlement du conflit » , admet Chantal El Helou.

En mai 2022, la famille quitte le Liban pour s’installer au Québec. Saint-Georges est leur premier choix, notamment en raison de son mélange urbain/rural et d’offres professionnelles correspondant à leurs besoins. Au-delà du travail et de l’école, tous s’impliquent dans la vie communautaire beauceronne à divers niveaux.

Par exemple, M. Catafago est membre du Club Rotary et de l’Escadron 890 des cadets à Saint-Georges, alors que Chantal El Helou s’implique au sein du Club Innerwheel et l’Aire ouverte en plus d’agir comme personne relais de la cellule RAFIQ (Réseau d’action pour l’égalité des femmes immigrées et racisées du Québec) en Chaudière-Appalaches.

L’organisme tenait d’ailleurs une rencontre le 14 mars dernier, au Café du Mille-Lieux à Saint-Georges, où était représenté une multitude d’ethnies. Il promouvait l’inclusion, la solidarité et le dialogue entre femmes de toutes origines.

« Les Beaucerons sont gentils avec nous. Les Canadiens sont chanceux de vivre en paix. On ne doit pas tenir cela pour acquis », croit Mme El Helou.

Toute la famille essaie, au moins une fois l’an, de visiter leurs proches au Liban. Leur dernière visite remonte à Noël 2025. « Mes parents comprenaient [qu’immigrer au Canada] était une bonne décision pour nos enfants. On ne peut pas vivre ici et là-bas en même temps. On se protège par un mur mental, en sachant que les Libanais vont se rebâtir jusqu’à la prochaine guerre », mentionne Elie sur une note philosophique.