La culture imitatrice des cycles naturels
AGRICULTURE. En 2021, Jimmy Boudreault et Véronique St-Onge quittent l’urbanité de Québec afin d’implanter leur projet agroalimentaire à Beauceville. Basée sur les principes de la permaculture, la Ferme Milpa représente aussi un vecteur de changement économique et environnemental selon eux.
Sur huit hectares, l’entreprise fait pousser fraises, framboises, bleuets, cassis, pommes, poires, raisins, rhubarbe, ail, menthe et bien plus. Pour Véronique St-Onge, cette permaculture va au-delà de l’utilisation d’engrais biologiques ou du bannissement des herbicides et pesticides.
« On respecte le cycle naturel avec moins d’intrants. Nous possédons une machinerie adaptée afin de labourer le moins possible, car ça protège la vie souterraine. Beaucoup de travail est fait à la main, dont le désherbage et la cueillette. On utilise les copeaux de bois pour recouvrir la terre (paillage). Ça garde l’humidité en nourrissant le sol », précise-t-elle.
La milpa, ancienne technique agricole des peuples autochtones, inspire Jimmy Boudreault et Véronique St-Onge. Celle-ci combinait la culture du maïs, du haricot et de la courge, dans une entraide symbiotique augmentant la productivité. La Ferme Milpa utilise d’autres plantations, mais arrive à un résultat similaire en respectant l’environnement ambiant. La nature est là pour donner un coup de main.

« Dans nos vergers, des caraganiers [plantes à fleurs] ajustent le taux d’azote des pommiers. Nos bandes fleuries attirent les pollinisateurs. La phacélie [plante herbacée] repousse la punaise terne dans les fraises. Certaines cultures sont sur des buttes permanentes [pour éviter le labour] », cite Mme St-Onge en exemple, l’entreprise comptant également sur des coupe-vents naturels, la pose de filets et un marais attirant oiseaux et crapauds.
Cette biodiversité cultivable se transpose dans la préparation. En plus de vendre des fruits frais, la Ferme Milpa conçoit tartinades, sauces, jus et produits déshydratés artisanalement. « Il y a zéro gaspillage dans la transformation des fruits. La déshydratation permet la conservation des aliments à long terme, avec les mêmes propriétés que le fruit cueilli », dit Véronique St-Onge.
Rentabilité et éducation
Après cinq ans, la Ferme Milpa travaille toujours à améliorer son entreprise agricole. Lors de notre passage, Jimmy Boudreault s’adonnait justement à quelques rénovations. Véronique St-Onge nous a fait visiter la ferme, ajoutant que les hectares étaient autrefois couverts par un champ de foin au sol argileux et rocheux.
Le couple possède encore des emplois externes, lui au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) et elle comme consultante en environnement.

« Nos emplois permettent des réinvestissements dans la ferme. On ne compte plus les heures de travail, mais c’est très important pour nous. Comme écologistes, on travaille à éduquer la population. Nous devons mieux protéger nos écosystèmes face aux changements climatiques », croit Mme St-Onge, qui rappelle l’importance des petites fermes et de l’achat local.
Ce dimanche 13 septembre de 10 h à 16 h, la Ferme Milpa prendra part aux Portes ouvertes sur les fermes du Québec. Organisé par l’Union des producteurs agricoles (UPA), le concept invite la population à découvrir l’agriculture autrement.
« C’est notre première participation. On s’en servira pour sensibiliser les visiteurs sur la permaculture et voir s’il l’on ajoutera l’autocueillette et des visites guidées à notre ferme », conclut Véronique St-Onge.
