Le ministère de la Faune cherche des scientifiques citoyens

FAUNE. Cherchant à comprendre la baisse de population chez les orignaux dans la région, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MLCCFP) se tourne vers la population pour comprendre le phénomène.

C’est sous la forme d’un projet de science citoyenne et en faisant appel aux chasseurs, randonneurs, familles et propriétaires terriens que le Ministère espère obtenir des réponses en invitant tout ce monde à devenir des scientifiques citoyens cet hiver. 

Biologiste responsable du projet à la Direction de la gestion de la faune, Alexis Grenier-Potvin explique que la population d’orignaux de la région diminue depuis 15 ans, ce qui représente un mystère. Une méthode particulière, l’analyse de crottins, pourrait apporter des réponses, selon lui.

« Il y a des gens sur le territoire qui, en faisant de la raquette, une promenade, en motoneige ou autres, apercevront des pistes d’orignaux et ça va les intéresser, de près ou de loin. Comme on a l’objectif de documenter une situation, les gens compétents sont déjà présents sur le territoire et on soupçonne qu’ils ont un intérêt à le faire. La collecte de crottins, en hiver, ce n’est pas trop dégueulasse et ça peut se faire de façon opportuniste », mentionne-t-il.

La baisse de population chez l’orignal n’est pas une nouveauté en soi, convient-il. La situation n’est pas alarmante, mais elle se doit d’être adressée. « Ce n’est pas un déclin, c’est une décroissance. Les indicateurs de chasse nous indiquent toutefois cette baisse et on souhaite des données plus précises. Certaines causes sont bien documentées, comme la tique d’hiver, sauf que dans un cadre scientifique, on sait qu’il n’y a pas qu’une cause et on souhaite investiguer davantage pour aller au fond de la question. »

M. Grenier-Potvin ajoute que les changements climatiques font mal à l’orignal, qui est une espèce nordique, en plus d’avancer d’autres possibilités. « L’orignal est équipé pour l’hiver et selon la littérature scientifique, des redoux en hiver de plusieurs jours peuvent l’affecter. Le ver des méninges vient aussi l’affecter. 90 % des chevreuils sont atteints, mais ne sont pas affectés. Il se rend toutefois à l’orignal qui, lui, est affecté. La productivité des cheptels peut aussi être en cause », avance-t-il, raison pour laquelle le Ministère cherche à documenter la dynamique de reproduction de l’orignal.

Il fait valoir que des ajustements à la règlementation ont été effectués dans le passé, mais que ceux-ci semblent avoir eu un effet limité. « On suit les populations et on ajuste notre gestion selon les tendances. On constate que, dans la zone 3, on a ajusté la réglementation pour favoriser les femelles et les veaux, mais malgré cela, nous n’avons pas eu d’augmentation de la population. C’est pourquoi on doit chercher autre chose », résume-t-il.

Quoi faire et comment ?

Les personnes intéressées à collaborer avec le Ministère sont invitées à communiquer avec l’équipe régionale pour remplir le formulaire d’inscription en ligne. L’inscription permettra aux responsables de faire parvenir les instructions détaillées, des sacs de collecte et autres (au besoin), en plus des résultats de toutes les analyses, une fois celles-ci réalisées. « On fournira des kits aux gens avec des sacs, des étiquettes et même des gants et autres. Les gens pourront traîner ce petit kit avec eux, lors de leurs activités en forêt et, s’ils aperçoivent des pistes d’orignaux, peut-être faire un petit effort de plus pour nous aider à documenter la chose. On ne demande pas aux gens de passer des heures en forêt, mais que ça se fasse de façon opportuniste. »

La démarche devrait ainsi permettre de récolter un nombre élevé d’échantillons bien répartis dans l’ensemble du territoire de la zone 3, afin d’obtenir des résultats représentatifs du secteur à l’étude. La collecte de données permettra aussi de suivre le ratio mâles/femelles de cette population pendant la durée du projet.

Les usagers qui circulent à l’intérieur de la zone 3 sont invités à recueillir des fèces d’orignaux et à noter les coordonnées géographiques de l’emplacement de l’échantillon récolté, pendant leurs déplacements en février et mars 2026. Les échantillons pourront être déposés dans des congélateurs qui seront positionnés à plusieurs endroits stratégiques de la région, explique M. Grenier-Potvin, qui insiste que la démarche doit être simple pour tous.