Loi spéciale envers les médecins : la pilule ne passe pas en Beauce

SANTÉ.  Depuis le 25 octobre, jour de l’imposition d’une loi spéciale envers les médecins québécois, la colère grandit chez les omnipraticiens et spécialistes. Dr Patricia Caron et Dr Mélanie Lapierre, médecins de famille en Beauce, ne baissent pas les bras face aux agissements politiques de la Coalition Avenir Québec (CAQ).

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« C’est un véritable choc. On vit la colère, l’impuissance, la tristesse et de l’incompréhension. Il n’y a rien là-dedans pour offrir de meilleurs services à la population, dans un contexte où nous sommes déjà en surcapacité dans la prise en charge des patients », déplore Dr Caron.

Le projet de loi 2 impose notamment des cibles de performance, aux omnipraticiens et spécialistes, où 15 % de la rémunération sera liée à leurs atteintes. Au niveau des médecins de famille, cela les forcerait à prendre à charge tous les Québécois admissibles, la CAQ promettant un omnipraticien par citoyen depuis longtemps.  

Or, les médecins de famille ne travaillent pas seulement dans les GMF. Dr Mélanie Lapierre, qui suit plus de 1000 patients à la Clinique médicale Chaudière, est aussi de garde dans des CHSLD une semaine sur six.  

« Je dois alors être disponible 24 heures par jour, sept jours sur sept. On est loin d’avoir seulement une pratique de bureau. Nous devons être très polyvalents », rappelle-t-elle, citant en exemple le travail en hôpital, sur les étages comme à l’urgence, et même l’enseignement dans certains cas.

Pas seulement une question d’argent

Dr Patricia Caron et Dr Mélanie Lapierre demeurent clairs sur un point. Leurs frustrations ne viennent pas, en premier lieu, du changement de mode en rémunération. Être payé à l’acte, pour chaque service rendu, ou par capitation, soit un montant annuel fixé par patient, représentent des options envisageables.

Il serait plutôt nécessaire de miser sur la qualité des soins, au lieu de la quantité minimale en rendez-vous et traitements.

« Vous venez me voir, vous avez une bronchite chronique, des problèmes de cœur et du diabète. Avec cette nouvelle loi, je dois vous voir en trois rendez-vous différents. Est-ce que ça donne un meilleur service à la population ? Non. Un seul rendez-vous, je peux tout régler en prenant plus de temps. Plus de rendez-vous, pour atteindre une cible, ne signifie pas que la population sera plus en santé », affirme Dr Caron.

La combinaison de la pénurie de main-d’œuvre en santé, face au vieillissement de la population, représente également une tempête parfaite. De plus, l’augmentation des fonds annuels destinés à la Santé, dans le budget gouvernemental, ne se reflèterait pas sur le salaire médical ni l’offre de meilleurs services aux patients.

« On a trop de gestionnaires dans le système qui complexifie les structures. C’est supposé aider au bon fonctionnement, mais mon patient, avec quatre gestionnaires de plus au-dessus de lui, il n’a pas plus de services », soutient Dr Lapierre.

Les fédérations de médecins entendaient porter l’affaire devant les tribunaux, tout comme les étudiants en médecine, au moment d’écrire ces lignes. « Pour éviter le drame actuel, on aurait dû aller en arbitrage, mais le gouvernement avait tout à perdre », martèle Dr Patricia Caron.