Pourquoi manger des insectes ?

ALIMENTATION.  En pensant aux insectes, les gens sont souvent curieux ou dédaigneux, mais rarement enclins à intégrer ceux-ci dans leur alimentation. Anita Légaré, fondatrice de Nutrivore, y voit pourtant des avantages nutritionnels et environnementaux, au point d’en avoir fait son métier.

Ses trois conférences présentées le mercredi 22 avril au centre culturel Marie-Fitzbach, dont deux auprès d’une clientèle jeunesse, ratissaient large sur le plan des insectes comestibles. À la surprise générale, Anita Légaré confirmait que tout le monde a déjà mangé des insectes sans le savoir.

« La cochenille, quand on la sèche et met en poudre, donne une couleur rouge à des aliments comme les pâtisseries, les viandes et les yogourts. On l’utilise aussi dans les cosmétiques. La gomme-laque produit une sécrétion pour protéger ses œufs. Cette couche se retrouve dans des confiseries et en pharmaceutique. Dans la production de farine, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) tolère jusqu’à 30 morceaux d’insectes par 100 grammes », donnait-elle comme exemples.

Au-delà des émotions fortes provoquées par les insectes, le manque de connaissances et la désinformation contribueraient à nos perceptions négatives envers eux. Ces stigmatisations présentes au Canada, aux États-Unis et en Europe, contrastent avec le reste du monde, particulièrement le continent asiatique où les habitants ont accès à une grande variété d’insectes dans les marchés publics.

« Les insectes sont riches en protéines, fer, oméga, vitamine B12, zinc et chitine. Comme agriculture, ça contribue à un meilleur environnement. L’élevage des insectes demande peu d’eau et produit moins de gaz à effet de serre. Au Québec, nos éleveurs d’insectes revalorisent 240 tonnes de rejets alimentaires chaque jour. Le fumier des insectes est également récupéré par les agriculteurs pour leurs champs, dans un procédé d’économie circulaire », expliquait Mme Légaré.

Outil de sensibilisation

Elle-même ancienne éleveuse d’insectes, Anita Légaré utilise Nutrivore comme sensibilisateur par l’intermédiaire de conférences, dégustations, service de traiteur et ateliers culinaires à l’échelle provinciale.

Elle a même publié un livre de recettes intitulé 6 pattes autour du monde.  Cynthia Faucher, son ancienne partenaire d’affaires, s’est lancée dans l’élevage d’insectes à Sainte-Marie.

« C’est un gros travail de vulgarisation que je fais depuis dix ans. L’immigration au Québec fait une différence, car des nouveaux arrivants partagent leurs recettes d’insectes. Il y a plusieurs profils de saveurs ressemblant à ce que l’on mange déjà », indique Mme Légaré, qui déconseille toutefois la consommation d’insectes chez les personnes allergiques aux crustacés.