Une chaire de recherche exclusive en acériculture

AGRICULTURE.  En octobre 2025, l’Université Laval s’est dotée d’une Chaire de recherche en acériculture et aménagement des érablières. Ce projet développera notamment des outils et solutions pratiques assurant la pérennité des érablières et du rendement acéricole en Amérique du Nord.

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Son titulaire, Guillaume Moreau, est professeur adjoint à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique à l’UL. Depuis longtemps, il constate un manque de connaissances sur la production de sève, à l’échelle de l’arbre et du peuplement, et les effets des changements globaux sur la croissance et la santé des érablières.

« Il y a, de base, l’intention de bonifier l’enseignement. Notre programme formant les ingénieurs forestiers [Baccalauréat en aménagement et environnement forestiers] contient un seul cours [optionnel] en acériculture.  Ce domaine connait des innovations majeures en équipement, production et transformation, mais l’aménagement du peuplement forestier est dans l’angle mort », dit M. Moreau.

Misant sur la pratique, l’Université Laval a conçu une érablière-école de 1100 entailles à Saint-Augustin-de-Desmaures, un nombre qui pourrait atteindre 5000 entailles à moyen terme. L’initiative emprunte la même logique que la Forêt Montmorency, plus grande forêt de recherche et d’enseignement universitaire au monde, dans la réserve faunique des Laurentides.

« On ne pouvait pas le faire à Montmorency, parce qu’il s’agit d’une forêt boréale [peuplée de conifères] », précise Guillaume Moreau.

Du folklore à l’environnement  

Pour ce professeur, l’aménagement adéquat des érablières demeure essentiel pour l’optimisation du potentiel acéricole. Cela inclut la résilience aux changements climatiques, qui affectent la quantité et le goût de l’eau d’érable, ainsi qu’une réponse améliorée aux insectes nuisibles, plantes envahissantes et pathogènes. L’entaillage, la croissance de l’arbre et sa cicatrisation sont aussi au cœur du projet.

« Pour faire des suivis complets, ça nous prend plus de données sur le terrain. Présentement, ça se transmet surtout [localement] entre les générations, mais chacun possède ses propres méthodes. Aucune région acéricole n’est pareille, et on doit s’appuyer sur la science pour identifier les tendances de nos érables », rappelle le titulaire de la chaire.  

Un autre volet de la recherche s’intéressera à l’utilisation partagée des érablières entre les producteurs de sirop d’érable, les entreprises forestières, les villégiateurs, les motoneigistes et les quadistes.

« Nous devons travailler à mieux harmoniser les usages entre les différents utilisateurs des érablières », affirme Guillaume Moreau, pour qui la sylviculture et l’acériculture restent indissociables.

Vases communicants

La Chaire de recherche en acériculture et l’érablière-école reposent sur un partenariat avec l’Université Laval, les Producteurs et productrices acéricoles du Québec, Solifor et H2O innovation.

D’autres acteurs se joindront aux travaux de recherche, y compris le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) et Ressources naturelles Canada. Guillaume Moreau souhaite l’implication d’autres facultés universitaires, comme celles en agriculture et en administration.  

« L’Université du Vermont, avec le Proctor Maple Research Center, produit ses propres études, qui ne sont pas adaptées à notre réalité [québécoise et canadienne]. Nous devons développer, chez nous, nos propres pratiques exemplaires », mentionne ce dernier, ajoutant que la chaire est en place pour au moins cinq ans.