Travailleurs étrangers temporaires : minuit moins une pour les entreprises
AFFAIRES. Environ 18 mois après avoir soulevé leurs inquiétudes quant aux nouvelles normes d’embauche de travailleurs étrangers temporaires, les entreprises de Chaudière-Appalaches sont forcées de constater que rien n’a changé. Afin de profiter de l’arrivée de la nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette, différents acteurs économiques locaux ont lancé un nouvel appel à l’action, le mercredi 29 avril, à Sainte-Marie.
« Les entreprises ont fait leur part. Elles ont investi, innové et intégré des travailleurs qui contribuent pleinement à nos milieux. Aujourd’hui, ce dont nous avons besoin, c’est de prévisibilité. On ne peut plus gérer une réalité permanente avec des mesures temporaires », a déclaré Daniel Turcotte, président de la Table régionale des élus municipaux de la Chaudière-Appalaches (TREMCA).
Afin de présenter l’impact réel des politiques gouvernementales sur leur capacité de production et leurs perspectives de développement, trois entreprises manufacturières sont venues témoigner : Mirage, MBI Plastique et Beauce Atlas.
« Avec le faible taux de chômage, il y a une pression permanente sur le recrutement, quel que soit le secteur d’activité. Le départ des travailleurs étrangers fait juste augmenter cette pression-là. […] Aujourd’hui, il y a 55 travailleurs étrangers à notre emploi. Leur départ serait une catastrophe pour nous », a indiqué Nicolas Jean, de l’entreprise Mirage à Saint-Georges.
« L’immigration a permis d’augmenter de 50 % notre chiffre d’affaires en dix ans. […] Maintenant, nous n’avons aucune perspective de croissance dans les cinq prochaines années. Avant, on investissait environ 800 000 $ par année, mais là, il faut gérer notre décroissance », est abattu Éric Veilleux, de MBI Plastique à Saint-Joseph-de-Beauce.
Pour sa part, Nicolas Blais, de l’entreprise Beauce Atlas à Sainte-Marie, a rappelé que les travailleurs étrangers temporaires sont choisis selon des critères stricts. Malgré tout, 46 de ses employés devront quitter la compagnie dans les 20 prochains mois.
« C’est un choc direct pour notre capacité à opérer. Ils n’ont pas des postes secondaires, ils sont au cœur de nos opérations. Sans eux, on va devoir fermer un ou deux quarts de travail et peut-être déménager notre production vers les États-Unis. Ce n’est pas une menace, c’est une réalité d’affaires. Nous allons perdre quatre employés en 2026, dix en 2027… on n’attendra pas en 2028 », dit-il, en évaluant les pertes financières à 70 M$.
Ainsi, la région demande au gouvernement d’accélérer l’accès à la résidence permanente, de rétablir des permis de travail d’au moins 24 mois, d’alléger les démarches pour les employeurs, d’adapter les programmes aux réalités régionales et de faciliter l’accès aux permis pour les conjoints, le tout, avant la tenue des prochaines élections.
« Ça nous prend une réponse, là. Il y a une urgence. Tout le monde se passe le singe, mais à un moment donné, il faut finir par comprendre que quelque chose doit changer », de conclure Daniel Turcotte.
