COVID-19 : les entreprises de la Beauce en dents de scie

Par Godlove Kamwa
COVID-19 : les entreprises de la Beauce en dents de scie
Les prochains mois ne seront pas faciles pour les grandes entreprises exportatrices de la Beauce. (Photo : L'Éclaireur Progrès - Archives)

Les programmes d’aide d’urgence mis en place par Ottawa ne sont pas suffisants pour garantir les revenus et les parts de marché dans certains secteurs. Quelle que soit l’issue de la crise, les lendemains sont incertains pour les entreprises de cette région manufacturière essentiellement tournée vers les États-Unis.

La prise de température tous les matins, la limitation d’accès ou encore la fermeture des aires communes ne sont plus un fardeau pour la poignée d’employés qui restent sur le site du groupe Canam. Seuls des agents marqués aux brassards orange et disposant d’un protocole de désinfection peuvent circuler d’une cellule de production à une autre sur leur site de Saint-Gédéon qui en compte 13.

Se laver les mains ou se tenir à distance n’est pas le plus difficile. «Ce sont des choses qui font désormais partie du quotidien», explique Marjorie Rancourt Laterreur de Bid Group, une compagnie tout aussi à cheval sur les mesures d’hygiène en Beauce. La sensibilisation va jusqu’à la création des pages dédiés sur les sites web. Ce volet est encore plus développé chez Altrum qui a innové dans la vente en ligne du matériel de protection non médical.

Baisse du chiffre d’affaires

«Nous sommes réduits à seulement 25 % de ce qu’on faisait avant la crise», regrette Louis-David Bourque, directeur général chez Altrum. Ce géant des produits en acrylique dit ne pas faire de la production sur stocks. Il ne peut donc pas faire de prévisions de vente, ce d’autant moins que les commandes deviennent rares. Son chiffre d’affaire en a pris un coup. Plusieurs chefs d’entreprise en Beauce soupçonnent chez leurs clients une pointe d’incertitude: «les gens attendent, ils redoutent la non-maîtrise des risques liés à l’investissement pendant ou même après la pandémie», explique Marc Lesseur, directeur des ressources humaines chez Bid Group. «Nous avons profité des programmes fédéraux pour ne pas réduire les effectifs de 80 %», affirme M. Bourque avec un mol espoir d’avoir une reprise complète d’ici septembre 2020.

«Peut-être qu’on va négocier la Covid-19 pendant 12, 18 ou 24 mois, mais on ne peut pas rester enfermé toute la vie, c’est du suicide ; on n’a pas le choix il faut repartir», renchérit André Clermont, directeur général senior de l’usine de Saint-Gédéon chez Canam. Il se targue d’un carnet de commandes plutôt bien rempli: «Le défi c’est plutôt comment on fait pour tout livrer et à temps dès la relance du 25 mai» témoigne-t-il. C’est le renouvellement de ce carnet de commandes qui préoccupe Marc Lesseur, mais il compte sur les tornades et le prix du bois encore stable. «C’est un bon indicateur», dit-il.

L’aide doit être ciblée

Même tournée vers les États-Unis où la COVID-19 infecte tous les marchés, l’industrie manufacturière beauceronne a des chances de remonter la pente. «On sent de l’effervescence, ça redonne confiance, les gens voyagent moins et vont dépenser localement», se convainc Johanne Jacques, directrice générale du centre d’aide aux entreprises Beauce-Chaudières.

La corporation qui dit avoir observé la santé économique d’environ 125 entreprises depuis le début de la crise s’inquiète davantage pour les entreprises de loisir et de tourisme. «Il serait difficile pour un restaurant de repartir avec seulement 50 % de sa clientèle. Il est tout autant difficile d’observer des règles d’isolement dans un parc d’attractions», constate Mme Jacques. Elle appelle à des programmes d’aide ciblés selon des secteurs ou des situations spécifiques. Les opérateurs en ont grand besoin parce que la saison est courte: «s’ils ne se décident pas d’ici au 20 juin, il pourrait être trop tard.»

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Bulletin hebdomadaire COVID-19 | Édition du 29 mai - Stiq
6 mois

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