Une francophonie à défendre en Amérique du Nord 

ÉDUCATION.  Claire-Marie Brisson, professeure et chercheuse, proposait un éclairage actuel et documenté sur les réalités francophones en Amérique du Nord, le lundi 16 mars à Saint-Georges. Elle était l’invitée d’une conférence de prestige organisée par le Cégep Beauce-Appalaches.

Ayant enseigné le français dans plusieurs universités américaines, dont la prestigieuse Harvard, Claire-Marie Brisson est née à Détroit. Ses racines francophones lui viennent de son grand-père, Joseph Jean Ernest Brisson, qui avait quitté le Québec pour les États-Unis. Elle-même a grandi en français, dans un contexte multiculturaliste au Michigan.

« La langue est une mémoire vivante au lieu d’un simple outil. Elle engage une responsabilité. Je porte en moi le rêve de mes ancêtres. Nous devons habiter notre continent sans avoir peur, avec tous les différents accents des Français d’Amérique », disait Mme Brisson avec émotion.

Citant l’exemple du Michigan, cette dernière confirmait que 116 000 citoyens s’identifiaient par des origines canadiennes-françaises. Seulement 21 000 de ces personnes parlent le français à la maison. Pourtant, dans l’ensemble des États-Unis, 22 % des Américains parlent une autre langue que l’anglais à la maison.

« Cet écart n’est pas un déclin naturel. Il est le résultat de décennies de politiques scolaires et industrielles exigeant l’effacement de la langue [française] pour garantir la réussite sociale, comme avec les comités d’américanisation à Détroit. Joe Biden et Donald Trump disent que le français représente une barrière à l’économie. Les démocrates et républicains pensent la même chose », dénonce Mme Brisson.

Une langue vivante sur le globe

Avec cartes et statistiques, Claire-Marie Brisson a démontré que la francophonie dépassait largement les frontières du Québec. Le français reste organisé, dans les autres provinces canadiennes, malgré le contexte minoritaire et de multiples combats linguistiques.

En sol américain, il n’existe aucune loi fédérale définissant une ou des langues officielles, y compris l’anglais, d’où la forte pression assimilatrice de l’héritage francophone.

« La Louisiane est le seul État qui a une protection pour la langue française. Pour nous [Américains des États-Unis], le Québec est le principal pôle institutionnel du français sur ce continent. Vous êtes notre inspiration », mentionnait celle-ci.

La même journée que cette conférence, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) publiait son rapport La langue française dans le monde 2023-2026. Avec 396 millions de locuteurs, notre langue est la quatrième en importance sur la planète, après l’anglais, le mandarin et l’espagnol.

« On peut choisir de vivre en français. Ça passe par les petites choses pour conserver notre réalité unique, comme parler le français à la maison et avec nos amis quotidiennement », de conclure Claire-Marie Brisson.

Pour Claire-Marie Brisson, le français se protège par la résistance quotidienne.