Trop d’animaux morts brûlés dans nos fermes
Chaque année, 60 000 animaux agricoles meurent brûlés vifs selon un rapport de Droit animalier Québec (DAQ). L’organisme, qui travaille à protéger et défendre les êtres animaux, exige des changements visant à mieux protéger ceux-ci des incendies en milieu agricole.
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De 2015 à 2023, sur 231 incendies dans des bâtiments d’élevage au Québec, 21 % se sont déclarés en Chaudière-Appalaches. Notre région arrive au premier rang provincial, devant le Centre-du-Québec (20 %), la Montérégie (16 %), l’Estrie (12 %) et le Bas-Saint-Laurent (9 %).
« Nos estimations proviennent des reportages parus dans les médias. Le nombre d’animaux décédés est sûrement sous-estimé par rapport à la réalité. Ni le MAPAQ [ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation] ni le MSP [ministère de la Sécurité publique] ne conservent des statistiques sur ces incendies », déplore Me John-Nicolas Morello, avocat et président de DAQ.
Problème collectif
Pour Me Morello, le MAPAQ, responsable des activités agricoles, et le MSP, chargé de la protection contre les incendies, ont le devoir d’en faire plus. Quant aux municipalités, obligées de posséder un schéma de couverture des risques d’incendie, elles y incluraient peu ou aucune particularité sur la présence d’animaux dans les bâtiments d’élevage.
Depuis 2015, le Code civil du Québec reconnaît pourtant les animaux comme des êtres doués de sensibilité, capables de ressentir douleur, peur, plaisir et bien-être. Ces derniers ne sont plus considérés comme des biens meubles, une reconnaissance avec trop peu de conséquences en agriculture, selon le DAQ.

« Les êtres animaux d’élevage sont soumis à des régimes dérogatoires et à des codes de pratiques non contraignants. […] La Loi sur la sécurité incendie n’établit pas de normes spécifiques pour les bâtiments d’élevage, et le Code de construction n’impose aucune exigence technique pour protéger les êtres animaux. Comme résultat, les animaux d’élevage sont privés de protections effectives, malgré leur statut légal d’êtres sentients », cite le rapport.
Mesures obligatoires
Une pétition en ligne, sur le site de DAQ, demande à Québec la mise en place de mesures obligatoires contre les incendies dans les bâtiments d’élevage. « On ne parle plus d’événements isolés, mais d’un problème systémique que l’on doit adresser rapidement. C’est une véritable préoccupation sociétale », dit Me Morello.
Cela inclut notamment l’installation de gicleurs et détecteurs de chaleur connectés à un service de sécurité incendie, des plans d’évacuation adaptés aux espèces animales, l’entreposage du matériel inflammable non utilisé dans un bâtiment éloigné des animaux, les inspections régulières des installations électriques, ainsi que l’intégration officielle des pertes animales dans les rapports incendie.
La pétition exige également un soutien financier aux agriculteurs pour moderniser leurs installations. « Les agriculteurs font leur possible, face à des installations vieillissantes et dépassées, où ils risquent de perdre leur revenu principal. On doit les accompagner là-dedans », conclut Me John-Nicolas Morello, qui invite l’Union des producteurs agricoles (UPA) à faire davantage pression sur nos élus.
