Dégradation progressive du bassin versant de la rivière Chaudière 

Symbole naturel incontournable en Chaudière-Appalaches, le bassin versant de la rivière Chaudière a subi plusieurs contrecoups sur la qualité de son eau. Après quelques améliorations au fil des ans, on constate maintenant une dégradation progressive nécessitant une réflexion collective, selon le Comité de bassin de la rivière Chaudière (COBARIC).

Organisme de bassin versant dédié à la gestion intégrée de l’eau sur le territoire de la rivière Chaudière, celui-ci publiait récemment les constats, pour la période 2022-2024, de la santé du bassin via le prélèvement d’échantillons. L’opération avait lieu en collaboration avec le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP).

Les résultats obtenus alimentent l’Indice de qualité bactériologique et physicochimique (IQBP). Ils reposent sur l’analyse de six paramètres dans l’eau : le phosphore total, les coliformes fécaux, les matières en suspension, les nitrites-nitrates, l’azote ammoniacal et la chlorophylle a active.

Pour la rivière Chaudière, cet indice est de 89 (très bon) à Saint-Ludger. L’IQBP tombe à 78 pour la portion entre Saint-Georges et Scott. Ce résultat, jugé satisfaisant, demeure plus faible qu’en 2020 où l’indice variait de 82 à 85. Pour la même période à Lévis, l’IQBP passe de 78 à 74 à Charny et de 72 à 35 (mauvais) à Saint-Romuald.

« Les données montrent une meilleure qualité de l’eau dans le sud du bassin versant, dans des zones peu peuplées et forestières. […] Au nord, dans les secteurs plus urbanisés ou à dominance agricole, la qualité de l’eau des rivières diminue à travers le temps », confirme le COBARIC sur son site web.

À Scott, l’IQBP passant de 85 à 78 « suggère une pression environnementale constante ou non corrigée ». Les affluents de la Chaudière sont aussi impactés, comme la rivière Beaurivage dans le secteur Saint-Étienne-de-Lauzon, avec sa cote de 58 (douteux).

« Cette dégradation [de la rivière Beaurivage] pourrait s’expliquer par le développement urbain, qui tend à apporter plus de polluants dans l’eau à mesure que les sols absorbent moins bien l’eau de pluie, et la présence de fosses septiques dont l’entretien est inadéquat », précise le COBARIC.

Conséquences irréversibles

Pour Véronique Brochu, directrice générale du COBARIC, cette dégradation causera des dommages irréversibles si rien n’est fait sur le court et moyen terme.

Au-delà des conséquences environnementales, comme la perte de biodiversité et l’érosion des berges, les citoyens feront face notamment à la destruction d’infrastructures, l’affaiblissement en recharge des nappes phréatiques, ainsi qu’une hausse en nombre et intensité des sécheresses et inondations.

« La gestion intégrée de l’eau est un travail d’équipe. Ça passe, entre autres, par mieux gérer nos eaux pluviales, un meilleur épandage [de fumier] dans les champs, et le renouvellement de nos stations des eaux usées », mentionne Mme Brochu, ce qui inclut également la mise aux normes et l’entretien des installations septiques.

Changements climatiques

Nous savons que les changements climatiques influencent notre quotidien. Ils entraînent, par la bande, des répercussions sur nos cours d’eau. Les épisodes de pluies intenses en 2025, mélangés à de longues périodes de sécheresse, ont fait mal à la Chaudière et ses affluents.

« Aussi fort, c’était du jamais vu. Ça déséquilibrait les couches sédimentaires [matières solides] et amenait des niveaux [de l’eau] très bas. La Chaudière possède un incroyable facteur de dilution [des polluants], mais rien ne montre une hausse possible de la qualité dans les conditions actuelles. Tout petit changement qu’on peut faire aura des effets bénéfiques », conclut Véronique Brochu.