Déficit du transport collectif: les syndiqués craignent d’en faire les frais

MONTRÉAL — Les syndicats des grandes sociétés de transport en commun au Québec s’inquiètent, alors que les négociations ont débuté ou vont débuter pour le renouvellement des conventions collectives, dans un contexte d’importants déficits de ces organisations.

Les syndiqués craignent d’en faire les frais, alors que le gouvernement du Québec et les municipalités se lancent la balle à savoir qui doit financer davantage le transport en commun.

La FTQ tenait justement, jeudi, un forum sur le financement du transport collectif.

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), affilié à la FTQ, représente les chauffeurs d’autobus et opérateurs de métro de la Société de transport de Montréal (STM), en plus des chauffeurs d’autobus de Laval (STL) et de ceux de Longueuil (RTL).

Le syndicat qui représente les chauffeurs d’autobus de Longueuil vient de commencer sa négociation, alors que celui de la STM doit le faire cet automne. Et à Laval, la STL a récemment annoncé des suppressions de postes à cause de sa situation financière difficile.

Demander des concessions aux syndiqués à cause du contexte, «c’est clair que ça va être sur la table, mais pour nous, ça va être non», lance Simon Mathura, président du secteur du transport terrestre au SCFP.

Il ne voit pas pourquoi les syndiqués devraient écoper pour un système de transport en commun insuffisamment financé.

Éric Alan Caldwell, président du conseil d’administration de la STM, lui répond que la société de transport «se bat pour garder leurs jobs», garder un système de transport en commun bien financé.

«Tout le monde se bat pour le maintien de l’offre. Ultimement, s’il y a une diminution de l’offre de transport collectif, il va y avoir une diminution du nombre de travailleurs qui l’opèrent.» Alors «la clef, c’est de maintenir l’offre et de la développer», argue M. Caldwell.

Tant le SCFP que la STM soutiennent que c’est le gouvernement du Québec qui doit mieux financer le transport en commun. Tous en bénéficient, même les automobilistes, puisqu’il y a ainsi moins de véhicules sur les routes, fait valoir M. Caldwell.

Les tarifs des usagers représentent entre 20 et 30 % des revenus du transport collectif, précise M. Caldwell. Trop les augmenter ferait fuir des usagers.

«L’enjeu du financement du transport collectif reste entier, parce que ce n’est pas reconnu encore comme un service public essentiel. Les routes le sont. On ne se pose pas la question, s’il y a une route qui s’effondre (à savoir) si on va la reconstruire. Les routes sont considérées comme une offre de mobilité incontournable. Mais le transport collectif, c’est malheureusement encore vu comme une offre de transport accessoire, alors que pour les villes, c’est fondamental», plaide M. Caldwell.

Le secrétaire général de la FTQ, Denis Bolduc, croit qu’il faut voir le transport en commun au-delà du simple financement. «C’est un service public au même titre, à nos yeux, que l’éducation ou la santé. Alors, on doit en prendre soin des transports collectifs. Et on trouve qu’actuellement, il y a un manque de soins, on manque d’amour pour le transport collectif.»

À l’issue du forum, la FTQ compte bien interpeller les gouvernements pour faire mieux comprendre l’importance sociale, économique et environnementale du transport collectif, fait valoir M. Bolduc.