Des questions subsistent quant au rôle du futur conseiller à la sécurité nationale

OTTAWA — Alors que la conseillère en matière de sécurité nationale et de renseignement du Canada s’apprête à quitter ses fonctions, des questions se posent quant au rôle précis que jouera son successeur.

Au début du mois, le premier ministre Mark Carney a annoncé que David Morrison, actuellement sous-ministre des Affaires étrangères, deviendrait son conseiller principal pour les affaires diplomatiques et internationales et son représentant aux sommets du G7 et du G20.

M. Carney a indiqué que Dominic Rochon, actuellement dirigeant principal de l’information du Canada, occuperait le poste de sous-secrétaire du Cabinet chargé de la sécurité nationale et du renseignement.

Il a brièvement semblé que le poste de conseiller à la sécurité nationale avait disparu, mais le Bureau du Conseil privé a par la suite déclaré que M. Morrison assumerait également cette fonction.

Cependant, le Bureau du Conseil privé n’a pas encore répondu aux questions concernant les fonctions de M. Morrison, notamment s’il sera secrétaire du Conseil de sécurité nationale, s’il dirigera l’élaboration d’une nouvelle stratégie de sécurité nationale promise par M. Carney ou s’il supervisera le processus de définition des priorités du gouvernement en matière de renseignement.

L’actuelle conseillère à la sécurité nationale, la Québécoise Nathalie Drouin, prendra ses nouvelles fonctions d’ambassadrice en France et à Monaco le 23 mars.

Le porte-parole du Bureau du Conseil privé, Pierre-Alain Bujold, a déclaré que M. Morrison veillera à «une étroite collaboration avec les partenaires internationaux».

M. Rochon, quant à lui, sera chargé de s’assurer que les stratégies et les processus de sécurité et de renseignement du Canada «sont résilients et capables de répondre à nos exigences de sécurité dans un monde en constante évolution», a précisé M. Bujold.

«Il sera également responsable des questions de sécurité intérieure», a-t-il ajouté.

Ces nominations témoignent de l’attention accrue que le gouvernement porte aux enjeux de sécurité nationale et internationale, a commenté M. Bujold.

Il n’a pas indiqué immédiatement si des lettres de mandat précisant les attentes de M. Carney seraient remises à M. Morrison ou à M. Rochon.

La volonté de Trudeau d’un rôle mieux défini

En novembre 2024, le premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, avait adressé une lettre à Mme Drouin lui demandant d’élaborer une stratégie de sécurité nationale renouvelée, définissant un cadre pour la posture du Canada en matière de sécurité, de défense et de diplomatie.

Cette nouvelle stratégie n’a pas encore été publiée.

La lettre de mandat indiquait que les discussions sur l’ingérence étrangère avaient réaffirmé la nécessité d’un rôle plus important et mieux défini pour le conseiller à la sécurité nationale.

«Le renforcement de votre rôle contribuera à garantir que l’information et les renseignements pertinents parviennent aux bonnes personnes au bon moment, et que les décideurs disposent d’options et de conseils concrets», assurait la lettre.

M. Trudeau avait également indiqué qu’il s’attendait à ce que Mme Drouin coordonne la communauté de la sécurité nationale, contribue à promouvoir la transparence et le dialogue avec les Canadiens, occupe le poste de secrétaire du Conseil de sécurité nationale — un comité ministériel clé — et dirige le processus annuel d’établissement des priorités du Canada en matière de renseignement.

Wesley Wark, chercheur principal au Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale (CIGI), a affirmé que si M. Morrison est effectivement le conseiller officiel en matière de sécurité nationale et de renseignement, il serait «très utile de disposer d’une lettre de mandat mise à jour afin de savoir si les fonctions liées à ce poste demeurent les mêmes, compte tenu de ses autres fonctions».

M. Wark a ajouté qu’il était «potentiellement dangereux» de mélanger les fonctions de conseiller à la sécurité nationale et celles de conseiller en politique étrangère — comme le fait le gouvernement avec M. Morrison — compte tenu des tensions inhérentes à ce mariage.

«Si le volet renseignement ne correspond pas à la politique souhaitée en matière d’affaires étrangères ou de défense, qui est censé gérer les frictions potentielles entre ces dossiers?», a-t-il demandé.

M. Wark a également indiqué qu’il souhaitait vivement voir comment le Bureau du Conseil privé serait réorganisé pour appuyer le travail de M. Morrison et de M. Rochon.

«Les capacités liées à ces fonctions dépendent fortement des conseils d’experts et des ressources qui les soutiennent, et nous n’en savons absolument rien», a-t-il dit.

En octobre 2024, le Comité parlementaire de la sécurité nationale et du renseignement, un organe de surveillance composé de députés et de sénateurs ayant une autorisation de sécurité, a annoncé qu’il examinerait le rôle du conseiller à la sécurité nationale et au renseignement, notamment son évolution depuis sa création en 2003.

Le rapport n’a pas encore été rendu public.