«Je ne sais pas si négociation est le mot», dit MacKinnon à propos du budget
OTTAWA — Le leader parlementaire du gouvernement, Steven MacKinnon, dit hésiter à qualifier de «négociations» les discussions qu’il assure que les libéraux continuent d’avoir avec l’ensemble des partis d’opposition en vue de faire adopter le budget qu’ils présenteront la semaine prochaine.
«Je ne sais pas si négociations est le mot, mais nous entendons certainement», a-t-il d’abord soutenu mercredi, en anglais, avant de se rendre à une réunion du caucus libéral.
Appelé à fournir plus de détails en français, il a dit que le gouvernement est «à l’écoute». «Et on a des pourparlers, des discussions avec des représentants de toutes les oppositions», a-t-il ajouté, employant par le fait même un mot qui est couramment considéré comme étant un synonyme de «négociations».
M. MacKinnon maintient que la feuille de route qu’a choisie le gouvernement de Mark Carney pour son budget ne peut être changée, du point de vue des libéraux.
«Les principes, pour nous, c’est une fin de non-recevoir, mais les détails, c’est évidemment quelque chose qu’on peut discuter», a-t-il dit.
Les libéraux répètent depuis la semaine dernière qu’ils sont prêts à faire des ajustements dans leur très attendu budget, mais que cela doit s’inscrire dans le cadre qu’ils proposent et selon le «mandat» qu’ils estiment que les Canadiens leur ont donné en les élisant, il y a six mois.
Ils ont continué de plus belle, mercredi, de faire planer le spectre d’un rappel des électeurs aux urnes s’ils ne reçoivent pas les appuis nécessaires lors du vote sur le budget, qui en sera un de confiance. Ils font valoir qu’il revient aux partis d’opposition de se montrer plus conciliants.
«C’est entre les mains de l’opposition», a encore tranché M. MacKinnon mercredi. Il a ensuite brandi la menace d’une «élection de Noël» à chaque occasion au cours de la période des questions.
«La seule question c’est: qui, du Bloc québécois ou du Parti conservateur, souhaite le plus provoquer une élection de Noël?», a-t-il lancé.
Bloquistes et conservateurs estiment plutôt qu’il revient aux libéraux, à la tête d’un gouvernement minoritaire, de sécuriser leur appui en acquiesçant à leurs demandes.
Or, il n’y a aucune place à la réelle négociation, a pesté en Chambre la leader parlementaire du Bloc québécois, Christine Normandin. «Ce que j’entends, c’est ‘’cause toujours’’. Les libéraux, ils ne veulent pas négocier pour qu’on appuie leur budget. Ils l’avouent ouvertement (…), mais ce qu’ils veulent, on dirait, par exemple, c’est déclencher des élections à Noël. Alors pourquoi ils ne font pas juste l’assumer?»
Le chef conservateur, Pierre Poilievre, critique aussi l’approche des libéraux de ne cesser d’évoquer la possibilité de tomber en campagne électorale à nouveau.
«C’est clair que le (leader) en Chambre des libéraux veut provoquer une élection coûteuse avec un budget coûteux, mais les Canadiens ne devraient pas avoir le choix entre un budget coûteux ou une élection coûteuse», a-t-il tonné.
L’opposition officielle est ferme sur ses demandes afin que ses troupes appuient un budget qui rendra réellement, à leurs yeux, la vie plus abordable.
M. Poilievre demande que le déficit fédéral passe sous la barre des 42 milliards $, un chiffre que, selon M. MacKinnon, «il sait inatteignable».
Le leader parlementaire libéral s’en prend aussi à la demande des conservateurs pour des baisses d’impôts.
«Il veut à peu près dénuer le gouvernement fédéral de tout revenu et il veut que le déficit soit contenu, donc vous allez lui demander quelle sorte des mathématiques il a apprises», a-t-il commenté en mêlée de presse.
Quant au chef bloquiste, Yves-François Blanchet, il a dit dès septembre que «ça regarde bien mal» pour que les libéraux puissent compter sur un appui de ses troupes, étant donné l’imposant déficit qui est anticipé.
Le Bloc québécois n’a toutefois pas définitivement fait son lit et mise sur six exigences «incontournables» pour que sa formation politique appuie le budget. On y retrouve le versement exigé de 814 millions $ aux Québécois pour égaler la dernière remise sur le carbone qui a été accordée aux habitants d’autres provinces canadiennes puisque la tarification fédérale du carbone y était en vigueur avant sa suspension.
M. MacKinnon déplore ces demandes puisqu’elles sont des lignes rouges qui empêchent selon lui de trouver un terrain d’entente. «Parlant de négocier, le Bloc lui-même nous parle de demandes non négociables», a-t-il déploré.
Les néo-démocrates ont été plus vagues quant à leurs exigences. «Nous avons été très clairs que nous allons nous opposer à toute tentative d’imposer l’austérité aux Canadiens», a dit leur leader intérimaire, Don Davies, la semaine dernière.
Quoi qu’il en soit, le ministre des Finances, François-Philippe Champage, a poursuivi mercredi l’effeuillage public de mesures qui seront contenues dans son budget.
Il a annoncé, en compagnie notamment de la ministre de l’Égalité des genres, Rechie Valdez, du financement additionnel dans des initiatives visant notamment à améliorer la sécurité économique des femmes et des filles ainsi que leur accès à des rôles de leadership.
Une enveloppe de 382,5 millions $ sur cinq ans à compter de 2026-2027 sera donc prévue dans le budget, de même qu’une somme récurrente de 75,5 millions $ par la suite.
Les libéraux proposeront aussi 223,4 millions $ sur cinq ans, aussi à partir de 2026-2027, «pour renforcer les mesures fédérales visant à mettre fin à la violence fondée sur le genre à l’appui des populations qui subissent particulièrement ce genre de violence, notamment les femmes autochtones et les populations mal desservies», ont-ils fait savoir par communiqué.
Le gouvernement de Mark Carney choisit soigneusement quelles informations il révèle à l’avance sur son budget. Il braque ainsi les projecteurs sur certains investissements, alors qu’il y a fort à parier que, le 4 novembre, les regards seront surtout tournés vers l’ampleur du déficit.
Le directeur parlementaire du budget, Jason Jacques, s’attend à ce que le manque à gagner atteigne 68,5 milliards $ cette année, contre 51,7 milliards $ l’an dernier.
