Le policier, le père et l’ami Mohamed Lamine Benredouane honoré à Montréal
MONTRÉAL — Des collègues, des proches et des dignitaires ont rendu un vibrant hommage, mardi, au policier Mohamed Lamine Benredouane, décrit comme un père aimant, un ami et collègue attachant, ainsi qu’un agent au sens du devoir aiguisé.
«Il n’était pas seulement mon frère, il était une partie de moi», a témoigné Ahmed Rochdi, le frère jumeau du défunt, qui a promis de prendre soin de ses deux enfants et de leur parler de lui.
«Ils ne seront jamais seuls, a-t-il assuré. Je t’aime mon jumeau et je t’aimerai toute ma vie.»
Selon de nombreux témoignages, Mohamed Lamine Benredouane rêvait de devenir policier et il a travaillé longtemps pour y arriver.
«Repose en paix, Mohamed, ton devoir est accompli», a lancé sa soeur cadette Lina, en éclatant en sanglots.
L’hommage de son frère Ahmed Rochdi et de ses sœurs, Lina et Amira, a été ovationné par la salle.
L’agent Benredouane a perdu la vie lors d’un échange de tirs avec un tireur actif, près d’un hôtel dans le quartier Côte-des-Neiges, le 22 juin.
«La population de Montréal a une dette envers toi, qui jamais, jamais ne pourra être payée», a insisté le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Fady Dagher, lors de son discours.
«Il était persuadé de faire le plus beau métier du monde, et il avait raison, maudit qu’il avait raison. Il était là pour protéger et servir son prochain.»
M. Dagher s’est adressé à la conjointe et aux enfants du policier – un fils de deux ans et un bébé qui n’est pas encore né.
«Peut-être un jour regarderez-vous cette cérémonie. Je m’excuse de ne pas avoir été capable de vous rappeler votre papa», a-t-il dit, la voix étranglée par l’émotion.
Une cérémonie privée s’est tenue au Centre islamique du Québec, le 24 juin, mais le directeur du SPVM a demandé à la famille de tenir cette cérémonie d’hommage publique.
Avant la cérémonie, un imposant cortège funéraire s’était rendu au Centre Bell, en matinée.
Le cortège a commencé à se déplacer vers le Centre Bell peu après 10 h. Une trentaine de policiers à moto de services de police de toute la province a ouvert la marche, qui faisait suite à un cortège de joueurs de cornemuses et de tambours, habillés en tartan.
Le képi de l’agent Benredouane était porté par un policier en uniforme du SPVM, derrière un arrangement floral. La famille et des proches vêtus de noir marchaient derrière, en silence et en larmes pour plusieurs.
Ce képi a été installé à l’avant de la scène pendant la cérémonie, à côté de fleurs, de chandelles et de la photo de l’agent. À la toute fin, il a été remis par M. Dagher à son frère, aussi policier.
Plusieurs politiciens étaient présents à la cérémonie, dont la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, la première ministre Christine Fréchette et la ministre fédérale Marjorie Michel.
«En s’interposant devant la violence, l’agent Benredouane a protégé chacun, chacun d’entre nous», a déclaré la première ministre Fréchette.
«Nous savons une chose avec certitude: l’agent Benredouane a rempli son devoir jusqu’au bout.»
Mme Fréchette a lancé un message d’unité, affirmant que «nous sommes plus forts que ceux qui cherchent à semer la peur et à briser ce qui nous unit».
La mairesse Martinez Ferrada a souligné que l’agent représentait «ce qu’il y a de plus beau» à Montréal, rappelant que la métropole était sa ville d’adoption.
«Une ville bâtie aussi par des femmes et des hommes venus des quatre coins du monde. Une ville où on peut construire sa vie, fonder une famille, contribuer à sa communauté et redonner à la collectivité», a-t-elle soutenu.
La mairesse propose d’ailleurs aux citoyens de signer un livre de condoléances pour exprimer leur soutien à la famille, aux proches, et aux collègues de M. Benredouane. Le livre a été mis à la disposition du public dès mardi à l’hôtel de ville de Montréal, et y sera disponible jusqu’à vendredi.
Un «rêve d’enfance»
L’agent Benredouane était né en Algérie et s’était établi avec sa famille au Québec en 2005. Sa famille vivait le quartier Côte-des-Neiges.
«Depuis son enfance, il voulait devenir policier. Le jour où il a reçu son uniforme, ce n’était pas seulement l’aboutissement de plusieurs années d’études et de travail, c’était la réalisation d’un rêve d’enfance», a relaté son frère jumeau.
L’agent Benredouane s’était joint au SPVM en 2021. Il est le premier agent du SPVM depuis 24 ans à mourir dans l’exercice de ses fonctions. Le dernier était Benoît L’Écuyer, décédé dans un échange de tirs en 2002.
En plus du policier, la fusillade du 22 juin a également coûté la vie à Michel Moshe Mizrahi, un passant de 68 ans. Le tireur présumé, identifié comme étant Scott Hatfield, a été abattu par la police.
La partenaire qui patrouillait avec l’agent Benredouane au moment du drame a aussi été gravement blessée. «Elle va de mieux en mieux», a indiqué M. Dagher en point de presse en après-midi, à l’issue de la cérémonie.
Ne pouvant être présente au rassemblement compte tenu de ses blessures, elle a tout de même tenu à rendre hommage à son collègue dans un message écrit lu par une autre policière, l’agente Laurence Vermette.
Le corps de police est «profondément ébranlé» par cette fusillade, certes, mais il est résilient, soutient M. Dagher. Selon lui, «la force du SPVM, c’est sa résilience».
«Le SPVM a une manière de rebondir extrêmement forte. Et vous allez voir, on va servir la population aussi bien, sinon encore plus», a affirmé le directeur du SPVM lors d’un point de presse.
