Susan Holt refuse de s’engager à ne pas intervenir dans Énergie NB

FREDERICTON — La première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, refuse de s’engager à laisser la compagnie d’électricité publique de la province fixer ses tarifs sans ingérence politique — une recommandation clé issue d’un examen indépendant demandé par son gouvernement.

Lors d’une entrevue mardi, la première ministre libérale s’est engagée à réformer le service public croulant sous les dettes afin de garantir des «hausses prévisibles et abordables», mais elle n’a pas répondu à la question de savoir si elle exclurait la possibilité de fixer des limites aux demandes de tarifs d’Énergie NB.

Mme Holt a toutefois reconnu que l’ingérence du gouvernement dans les demandes de tarifs avait contribué à créer «cette situation chaotique dans laquelle» la province se trouve avec Énergie NB.

«Nous ne pouvons pas continuer à faire les choses comme nous les avons faites jusqu’à présent chez Énergie NB. Notre gouvernement souhaite voir des résultats différents», a déclaré Mme Holt.

Après que les Néo-Brunswickois ont fait face à des hausses de tarifs de près de 20 % sur deux ans, Mme Holt a demandé en 2025 à un groupe de trois experts d’examiner le fonctionnement de cette entreprise de services publics fortement endettée.

Dans leur rapport publié le mois dernier, les experts ont indiqué que les décisions politiques avaient entravé la capacité de l’entreprise à assurer sa stabilité financière et à fonctionner correctement à long terme. Les gels et plafonds tarifaires imposés par le gouvernement entre 2011 et 2022 ont ajouté quelque 1,5 milliard $ à la dette de 6 milliards $ de l’entreprise, selon le rapport.

Sans donner de détails sur ses projets, Mme Holt a déclaré que son gouvernement répondrait officiellement à ce rapport de 70 pages en mai. «Nous sommes prêts à prendre en compte ces recommandations, puis à nous atteler à la mise en œuvre des changements nécessaires en matière de gouvernance, de législation, de culture et de structure.»

Une «solution pansement»

Kris Austin, porte-parole de l’opposition progressiste-conservatrice en matière d’énergie, a affirmé que les hausses tarifaires imposées par le gouvernement ne sont qu’une «solution pansement», ajoutant que son parti soutiendrait un plan «réalisable et doté d’une réelle force d’action».

Les conservateurs soutiendraient la levée du moratoire provincial sur l’extraction de gaz naturel afin que les habitants puissent utiliser son énergie — plutôt que l’électricité — pour chauffer leurs maisons.

M. Austin a reconnu que la conversion des centrales électriques au gaz naturel et la mise en place des infrastructures nécessaires pour acheminer le produit jusqu’aux foyers prendraient du temps — mais a déclaré que cela stabiliserait les tarifs sur le long terme.

«Cela donnerait aux propriétaires, au fil du temps, la possibilité de chauffer leurs maisons au gaz naturel plutôt qu’à l’électricité, ce qui réduirait la demande», a-t-il fait valoir.

M. Austin a ajouté que la mauvaise gestion budgétaire du gouvernement libéral avait limité ses options pour apporter un soulagement à court terme aux contribuables.

Il serait «prudent» que la province étende sa remise de 10 % sur la partie de la facture d’électricité correspondant à la taxe de vente harmonisée provinciale, a fait valoir M. Austin. Mais le déficit de 1,3 milliard $ rend cela impossible, a-t-il ajouté. «Ils se sont mis eux-mêmes dans une impasse quant à leur capacité à apporter une aide concrète aux Néo-Brunswickois.»

Don Desserud, professeur de sciences politiques à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, estime que le gouvernement Holt ne devrait pas se retirer complètement des décisions concernant les services publics.

«La confiance que le public accorde à son gouvernement est absolument cruciale», a déclaré M. Desserud, qui a travaillé pendant deux décennies à l’Université du Nouveau-Brunswick et a étudié Énergie NB.

Lors d’une entrevue mercredi, il a soutenu que l’Assemblée législative devrait travailler de concert sur un plan à long terme afin d’éviter les solutions de fortune à durée limitée qui sont critiquées dans le rapport d’experts.

Pour réussir à l’avenir, a-t-il ajouté, il faut une restructuration complète de l’organisation plutôt qu’un simple changement à la tête de celle-ci ou une indépendance accrue vis-à-vis du gouvernement.

La supervision du gouvernement est cruciale, mais elle doit être exercée de manière responsable, a-t-il continué.

«Nous partons du principe qu’il est inévitable que si le gouvernement interfère, qu’il gère certaines choses, que cela va mal se passer, mais ce n’est pas vrai, pas plus qu’il n’est vrai que le secteur privé soit nécessairement plus compétent dans ces domaines.»