Perte potentielle de 800 infirmières en Chaudière-Appalaches

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Par Eric Gourde
Perte potentielle de 800 infirmières en Chaudière-Appalaches
Laurier Ouellet est président du Syndicat des professionnelles en soins de Chaudière-Appalaches (Photo : (Photo La Voix du Sud - Éric Gourde))

SANTÉ. Environ 800 infirmiers et infirmières en Chaudière-Appalaches pourraient quitter leur emploi dans les prochaines semaines en raison de l’imposition du passeport vaccinal dans le domaine de la santé.

C’est du moins l’évaluation faite par le président du syndicat des professionnels en soin de la région, Laurier Ouellet, qui estime que l’échéance du 15 octobre, obligeant le personnel du milieu de la santé à être doublement vacciné, risque de bousculer bien des choses.

« C’est sûr qu’il va manquer du monde, car ils sont en retard pour certains qui n’ont pas reçu leur premier vaccin ou la deuxième dose, et non convaincus pour d’autres. Pourtant ces gens-là travaillent à l’heure actuelle. Est-ce qu’ils contaminent ? Non. Est-ce qu’on peut les tester tous les jours ? Oui. Le gouvernement s’entête et veut montrer qu’il a raison. Il est pourtant en train de scrapper le système de santé au complet. »

M. Ouellet s’emballe facilement lorsqu’invité à prédire la suite des choses. Il prévoit un effet domino inévitable. « Il y aura des fermetures partielles ou permanentes de certains services. On ne pourra pas s’en sortir. On dit qu’il n’y pas de coupures de services en Chaudière-Appalaches, c’est faux. Les services sont donnés différemment. Ce ne sera plus comme avant et ce sera de pire en pire. Déjà à l’Hôtel-Dieu de Lévis, les salles d’opération sont à 50 % de leur capacité. Là aussi, il y a des gens qui ne veulent pas se faire vacciner. Est-ce que ça va baisser encore ? Facile de dire que oui. »

Des incitatifs inefficaces

L’approche autoritaire du gouvernement depuis les 18 derniers mois et l’annonce de la vaccination obligatoire s’ajoute à la longue liste de gestes qui font que les incitatifs financiers annoncés il y a quelques jours risquent d’être un coup d’épée dans l’eau, selon lui.

« Sortir le bâton n’était pas la solution, surtout après les avoir appelés des anges un certain temps. Ces gens-là ont fait du temps supplémentaire à outrance. C’est comme ça qu’on les remercie d’avoir aidé ? Ils ont perdu confiance envers le gouvernement, alors quand celui-ci dit que le vaccin est bon, la problématique est possiblement que la confiance n’est plus là. »

Selon M. Ouellet, les récents incitatifs gouvernementaux ne tiennent pas compte des véritables besoins exprimés sur le terrain. « Elles veulent être suffisamment nombreuses sur leur quart de travail pour offrir des soins sécuritaires, connaître leur horaire de travail à l’avance et ne pas se voir imposer à répétition le travail forcé que représentent les heures supplémentaires obligatoires. »

La frustration chez le personnel de la santé était déjà visible, sauf que les événements des dernières semaines rendent les émotions particulièrement sensibles. « On donne un bonus à certaines personnes et non à tout le monde. Tous les temps partiels n’auront droit à rien et ces gens-là ont pourtant fait du temps supplémentaire. C’est un 40 % de la force que vous venez de frustrer. Payer la cotisation à l’Ordre des infirmières de toutes les retraitées, c’est bien, mais pourquoi pas toutes les infirmières ? Les retraitées qui reviennent auront droit à un bonus, mais pourquoi pas les temps partiels ? Ce sont toujours des injustices faites pour faire travailler le monde et non les récompenser », estime Laurier Ouellet.

Une autre aberration, selon lui, réside dans le fait que ce ne sont pas seulement les préposés aux bénéficiaires et infirmières qui recevront une prime en raison de la pandémie. « Une prime-COVID de 14 % versée aux cadres. Ça aussi c’est aberrant. Ils sont dans les bureaux, font du télétravail et recevront des primes plus élevées que les infirmières. »

Manque d’écoute et trop de paperasse

Les deux grands facteurs qui font que les professionnelles en soins tombent malades, démissionnent et fuient le réseau public pour les agences privées sont le temps supplémentaire obligatoire et la surcharge de travail, martèle le président du syndicat de la région.

« Ça fait des années qu’on leur dit d’ouvrir des postes d’infirmières, d’auxiliaires et d’inhalothérapeutes et là, ils sont à court de solutions parce qu’ils ont fonctionné comme ça pendant des années. Aujourd’hui, des infirmières lavent des planchers et comblent les manques de personnel à peu près partout. Il manque un préposé, c’est elle qui le fait. Même chose s’il manque une auxiliaire. En plus, elles passent le trois quarts de leur temps à remplir de la paperasse. On répète et on répète, toujours pour le même patient. »

Une meilleure circulation de l’information au sein de la hiérarchie et une simplification du système rendraient les choses possiblement plus simples, à son avis. « Ce qui se passe sur le terrain ne monte pas jusqu’en haut et l’info d’en haut ne se rend pas sur le terrain. Imaginez si un chef d’unité rapporte des choses qui ne vont pas sur le terrain. Il va dire que ça va bien de peur de se faire dire qu’il fait mal sa job. Ses supérieurs vont lui dire la même chose et les leurs aussi et ainsi de suite. Il y a un cadre pour trois employés, ça n’a pas de sens. »

M. Ouellet réitère également que des infirmières, affectées à la vaccination ou à d’autres tâches, doivent aussi revenir sur le terrain pour combler les besoins. « La Santé publique tient à avoir des infirmières au traçage, par exemple. C’est une tâche qui pourrait être confiée à des gens à la retraite ou autre. Il ne devrait plus y en avoir une là, c’est sûr. Ils ne veulent tout simplement pas les laisser aller. Il faut redescendre sur le plancher celles et ceux qui ont leur licence. Ça presse, surtout que certains CIUSSS et CISSS sont en train de le faire. Ils reforment leurs employés. Il faut faire la même chose ici en Chaudière-Appalaches. Arrêtons de protéger ce monde-là. »

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