Des pommiers sauvages dédiés à la cidrerie 

Alain Beauséjour, propriétaire des Jardins Beauséjour à La Guadeloupe, s’est lancé un grand défi entrepreneurial. Avec son fils Simon, il développe une cidrerie avec ses pommiers sauvages, dont les fruits ne sont pas répertoriés par des noms précis.

Adjacent à sa compagnie horticole, Alain Beauséjour possède une terre de sept hectares. Elle servait autrefois à la récolte des foins.

« Je n’avais pas le temps de me consacrer à la culture. C’était surtout un espace de relaxation où je faisais également mon bois de chauffage. Il y a plusieurs types d’arbres, comme des érables et des cèdres, et un lac artificiel », explique-t-il.

Constatant l’existence de pommiers sauvages, Alain Beauséjour fait appel à des spécialistes en pomiculture afin d’en savoir plus sur les fruits de sa terre.

Alain Beauséjour a découvert des pommes spéciales sur sa terre, comme ce fruit ressemblant à une patate.

« Les 550 pommiers, aux floraisons différentes, sont uniques en raison de leur propagation par semis. Ce sont des sauvageons (arbres non greffés), contrairement aux pommiers par propagation végétative. Chaque pommier possède un goût et une texture différente. On a découvert des goûts de banane et de fruits exotiques », précise M. Beauséjour.

Laisser agir la nature

En visitant ce verger sauvage, on constate que les pommes sont très différentes des fruits en épicerie ou en verger par plantation humaine. Les pommiers ne poussent pas en ligne droite. Il n’existe aucune clôture et, au premier regard, les pommes ne sont pas attirantes pour la dégustation. L’un des fruits cueillis par votre journaliste avait la texture d’une patate.

« Ce n’est pas la pomme belle à croquer. Dans le marché actuel, il existe peu de pommes dédiées seulement à la fabrication du cidre », indique Alain Beauséjour.

Spécialisé en recherche et développement, le Réseau d’essais de cultivars et porte-greffes de pommiers (RECUPOM) s’intéresse aux arbres de cette terre. Celui-ci est formé de différents intervenants, dont les Producteurs de pommes du Québec et le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

Les pommiers sauvageons, à la floraison différente, vivent au travers d’une grande biodiversité végétale et herbacée.

« Avec leurs analyses, nous pourrons savoir quels sont les meilleurs pommiers pour concevoir nos cidres artisanaux. Ils seront certifiés biologiques et ne contiendront aucun sulfite », dit M. Beauséjour.

Être patient

Au moment d’écrire ces lignes, les premières pommes ont été récoltées pour la conception de cidres. Les premiers produits seront vendus seulement à l’automne 2023.

« La fermentation dure huit mois. Ça prend une autre année pour le mûrissement en bouteille. Nous devrons trouver des noms pour chaque produit. Il y aura aussi l’acquisition d’autres équipements », précise Alain Beauséjour.

Dans ce processus agricole, il cédera éventuellement la terre à son fils Simon. Dans un langage coloré, ce dernier a lancé le Blogue du pommier ensauvagé : cidre libre et insoumis pour expliquer les détails du projet.

« Au-delà du potentiel de production, la valeur fondamentale du lieu se retrouve dans son rôle de réserve de biodiversité. Chaque parcelle de terre qui est épargnée de la main colonisatrice des humains est une victoire pour l’écosystème planète et les humains qui y habitent. Et puis, si en plus, on peut trinquer à la santé de la vie avec un bon cidre du terroir, je crois que ça vaut la peine de tenter l’aventure », peut-on y lire.

« Rendu à 70 ans, c’est un beau projet de fin de carrière et un legs aux nouvelles générations. Le timing est parfait. Les gens s’intéressent plus aux produits du terroir et à l’achat local », conclut Alain Beauséjour.

Les gens possédant des sauvageons sur leurs terres (et peut-être des pommiers exceptionnels !) peuvent contacter Alain Beauséjour au 418 389-4949 ou à abeausejour1@gmail.com.